Like a tuna in the brine

Jérôme K Jérôme - Trois hommes dans un bâteau (sans parler du chien !)

Coups de coeur — Par winnie @ 13:48
 
Il s'agit d'un souvenir de mes livres d'écoles du primaire. Chaque année, nous lisions un extrait de ce roman anglais du milieu du XIXe siècle. A l'époque, j'avais trouvé ça drôle et j'aimais bien lire ces extraits. (au contraire de l'Ane Culotte d'Henri Bosco par exemple, je ne lirais jamais ce truc, je me suis bien trop ennuyée à l'étudier dans mes petites classes !)
 
 
 
Alors quand je l'ai vu sur l'étalage de mon bouquiniste préféré boulevard St Michel à 0,80 centimes d'euros, je me suis dit qu'on allait voir si j'ai le même humour 15 ans après.
 
Et en fait oui. Ce bouquin est vraiment drôle malgré la distance temporelle qui nous sépare de son auteur. J'ai vraiment ri par moments. En plus c'est très rapide à lire et on peut interrompre sa lecture facilement (élément très important pour tout parisien lisant dans les transports ^^) étant donné qu'il s'agit d'une compilation d'anecdotes.
 
Bref effectivement un grand classique que je vous conseille chaudement. 
 
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Quelques extraits...
 
Chapitre 9 "Malice des cordelles de halage"
 

Une cordelle de halage est une chose étrange, au comportement inexplicable. Vous l’enroulez avec toute la patience et le soin que vous mettriez à plier un pantalon neuf, et cinq minutes plus tard, quand vous la ramassez, elle n’est plus qu’un fouillis désespérant.

Sans vouloir vous offenser, je crois fermement que si vous preniez une cordelle au hasard, l’étendiez bien droite au milieu d’un champ, et lui tourniez le dos pendant trente secondes, vous découvririez, en la regardant de nouveau, qu’elle s’est mise en pelote, entortillée sur elle-même, nouée de toutes parts, qu’elle a perdu ses deux bouts et qu’elle n’est plus qu’un embrouillamini de boucles et de nœuds. Il vous faudrait alors une bonne demi-heure, assis là sur l’herbe et jurant tout le temps, pour la désembrouiller.

Telle est mon opinion sur les cordelles de halage en général. Bien sûr, il peut y avoir des exceptions dignes de respect, je ne le nie pas. Il existe peut-être des cordelles qui font honneur à leur fonction – de bonnes et consciencieuses cordelles, des cordelles qui ne se prennent pas pour des ouvrages au crochet, et qui n’essaient pas de tricoter des têtières de divan dès l’instant où on les laisse à elles-mêmes. Il se peut, dis-je, que ces cordelles-là existent ; je le souhaite sincèrement. Mais je n’en ai pas encore vu.

Quant à celle qui nous concerne, je m’en étais occupé moi-même, juste avant d’arriver à l’écluse. Je n’avais pas permis à Harris d’y toucher ; il est si maladroit. Je l’avais enroulée sur elle-même avec lenteur et prudence, nouée au milieu, pliée en deux, et déposée délicatement au fond du canot. Harris l’avait soulevée avec méthode et passée à George. George s’en était emparé d’une main ferme et avait entrepris de la dérouler comme s’il eût démailloté un enfant nouveau-né. Il n’en avait pas défait dix mètres que la chose présentait l’aspect d’un paillasson en mauvais état.

C’est toujours pareil, et la scène qui s’ensuit est elle-même invariable. Le type sur la berge qui s’escrime avec le cordage croit que c’est la faute de celui qui l’a enroulé ; et quand on croit quelque chose sur la Tamise, on ne se gêne pas pour le dire.

« Mais qu’est-ce que tu as voulu faire avec cette cordelle, un filet de pêche ? Eh bien, c’est du propre ! Tu ne pouvais donc pas l’enrouler correctement, espèce d’empoté ! » grommelle-t-il de temps à autre, tout en se démenant comme un diable avec le cordage, qu’il finit par étaler à plat sur le chemin de halage, s’efforçant d’en trouver le bout.

Dans le canot, celui qui a enroulé la cordelle pense que tout est la faute de celui qui l’a déroulée.

« Comment ! Elle était très bien quand tu l’as prise ! s’écrie-t-il, indigné. Où as-tu la tête ? Tu manies ça n’importe comment ! Tu ferais des nœuds avec tes propres jambes ! »

Et ils se mettent si en colère l’un l’autre qu’ils en arrivent à souhaiter se passer réciproquement cette fichue cordelle autour du cou. Dix minutes s’écoulent, et le premier équipier pousse un hurlement, trépigne sur le cordage, en empoigne un bout et tire dessus dans l’espoir d’en finir, mais n’aboutit naturellement qu’à l’embrouiller davantage.

Alors le second équipier descend du canot pour l’aider, et ils ne parviennent qu’à se gêner mutuellement. Ils s’emparent du même bout de cordage, tirent dessus en sens opposés, et s’étonnent de rencontrer une résistance. Ils arriveront tout de même au bout de leurs peines et se redresseront pour souffler et… découvrir que leur canot, parti à la dérive, file droit sur le barrage.

 

Chapitre 15 "L'amour du travail"

 

J’ai toujours l’impression de fournir plus de travail que je ne devrais. Non pas que le travail me répugne, remarquez ; j’aime le travail, il m’exalte. Je resterais des heures à le contempler. J’apprécie énormément sa compagnie, et l’idée d’en être séparé me brise le cœur.

On ne saurait m’en donner trop ; accumuler le travail est même devenu chez moi une sorte de passion ; mon bureau en est rempli à un tel point qu’il n’y a plus de place pour en mettre davantage. Il me faudra bientôt construire une annexe.

En outre, je prends soin de mon travail. Une partie de celui que j’ai en ce moment chez moi est en ma possession depuis des années et des années, et il n’est souillé d’aucune trace de doigts. Je suis très fier de mon travail. Je le descends de temps à autre pour l’astiquer. Je ne connais personne qui garde son travail en meilleur état de conservation que moi.

Mais cette passion dévorante ne m’empêche pas de me montrer raisonnable. Je n’en demande pas plus que ma part légitime. Aussi, quand j’en hérite sans l’avoir désiré, cela m’ennuie.

 

(ces extraits viennent du site wikisource où la totalité de l'ouvrage est consultable en ligne)


Yvonne Knibielher - Qui gardera les enfants ?

Coups de coeur — Par winnie @ 10:00

L'année dernière, je ne sais même plus comment j'ai repéré ce titre qui forcément m'a attiré l'oeil :

 

J'avais bien sûr, en tant que petite féministe, été outrée par les propos de Fabius lors de la candidature de Ségolène Royal pour l'investiture du PS. J'ai été encore plus choqué de voir Denisot DEFENDRE Fabius au moment même où il l'interviewait dans un festival de langue de bois, mais cela est une autre histoire.

Ce titre et le thème de ce livre m'interpelle aussi pour autre chose. Depuis ma rencontre avec le Gnome, quand j'ai découvert que j'avais été formatée pour me soumettre "à l'homme de ma vie", je suis farouchement féministe. Pour moi d'ailleurs, c'est quelque chose qui est aussi naturel qu'avoir un penchant écologiste. Si on veut le bien de l'humanité, on est obligés d'être féministe, c'est tout.

 

Oui mais mon grand problème c'est que je suis féministe ET catholique. Et qu'il est difficile de conciler les deux tellement on a une image négative de la place de la femme dans la religion. Sachez donc qu'e la femme est loin d'être dépréciée et soumise dans la religion catholique. Mais alors pas du tout. Mais qu'on est aussi loin de l'idéal féminin des féministes des années 1970.

Comme toute féministe qui se respecte, j'ai lu Simone de Beauvoir. J'ai même adopté son prénom comme pseudo de blog fut un temps. Cela n'a pas révolutionné ma vie. Mais cela m'a donné des pistes pour comprendre COMMENT j'avais consenti à penser que c'était "l'homme de ma vie" qui allait me donner une raison de vivre alors que j'étais moi-même bien mieux placée pour le faire.

Et il y avait un truc qui me chiffonait chez Simone. Et chez les féministes en général. Et chez mes amies. C'était cette peur viscérale de la maternité. Il fallait prendre la pilule le plus tôt possible pour "éviter de tomber enceinte". Alors que bon il suffit de ne pas avoir de relations sexuelles pour éradiquer tout risque hein, mais là je m'égare du sujet. Je sentais vraiment qu'avoir un bébé, c'était le frein de toute vie professionnelle possible pour une femme.

Je le sentais vraiment comme ça (et je le sens encore un peu) ... et en même temps quand je vois l'histoire personnelle de ma maman, je ne peux pas me dire que m'avoir eu (je suis l'aîné) eut été une si horrible chose que ça. Quand à l'occasion du comité de déblocage de ma fac, j'ai rencontré Marion mère de 3 enfants et candidate au CAPES et que j'ai vu que c'était TOUTES les facettes de sa vie qui la rendaient heureuse, même si c'était compliqué, même si c'était plus dur à priori pour elle de faire des études que pour moi, j'ai pressenti que non la maternité n'est pas (et NE DOIT PAS être) une chose que l'on redoute.

Puis mon grand-père est mort. Et j'ai compris qu'il fallait avoir des enfants si on le pouvait. Car c'est la seule manière de vaincre la mort pour nous petits humains insignifiants. Mais je vous en ai déjà parlé il y a fort fort longtemps.

Bref je me questionnais sur la maternité.

Il y avait aussi une autre chose qui me chiffonait. Dans les mémoires de Simone, elle développait peu son "côté fille". Simone c'est la caricature de l'intellectuelle : fagotée limite, coiffée de manière indescriptible, qui ne fait pas attention à son apparence physique. Ou du moins cette apparence physique ne semble pas la préoccuper.

Sauf que moi j'ai envie de m'en préoccuper un peu quand même de mon apparence physique. Avoir les cheveux propres et bien coiffés, être bien maquillée et bien habillée, se sentir belle, c'est important. Pour une femme comme pour un homme.

Bref il y avait cette espèce de négation de la féminité chez Simone qui ne m'allait pas.

Et Yvonne vient de me donner une piste pour frayer ma propre voie de féministe. En marge de Simone. Mais sans lui tourner le dos. En lui tendant la main pour la faire passer de mon côté.

 

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Concrètement le livre de Yvonne est divisé en 4 parties.

Une première vraiment autobiographique où elle raconte comme elle a vécu la maternité en observant sa grand-mère, sa mère et sa propre expérience.

La seconde partie montre comment le féminisme est entré dans sa vie et elle fait une très bonne histoire rapide du féminisme et de son développement.

Dans sa troisième partie Yvonne montre comment elle s'est engagée en tant que féministe.

Enfin dans une dernière partie, elle développe "sa thèse" sur la maternité : la maternité est une expérience épanouissante pour la femme (même si toutes les femmes ne sont pas obligées de la vivre pour être épanouies et heureuses d'être des femmes) et il est très important pour le féminisme d'inclure la maternité dans ses revendications. Yvonne montre très bien comment les féministes des années 1970 ont essayé de gommer les différences entre les hommes et les femmes pour obtenir l'égalité. Ce qui est impossible et les a donc amené à faire "fausse route" (comme l'exprimait Elisabeth Badinter au début des années 2000).

Le style d'Yvonne est très agréable à lire et jamais vindicatif ou trop enflammé. Elle raconte les choses avec recul mais passion. On est entre l'autobiographie romancée ET l'essai à thèse. Ce livre est donc très agréable à lire, pas du tout assomant mais il donne des bases solides pour comprendre l'histoire du féminisme et les différents courants qui l'ont traversé.

Personnellement c'est une des lectures les plus instructives que j'ai faites cette année ! 

 

 



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